06 novembre 2007
Soutine à la Pinacothèque
J'avais beaucoup aimé l'exposition sur Lichtenstein organisée par la toute jeune Pinacothèque. Alors même si monsieur Dagen du Monde parle de ratage à propos de l'exposition Soutine, j'irai, c'est sûr.
La peinture de Soutine victime d'un accrochage, par B. Dagen, Le Monde, 18 octobre 2007
Il y a quelque chose de désolant dans cette exposition : la tristesse que fait naître le spectacle d'un ratage accompli avec de bonnes intentions - d'un ratage dont Chaïm Soutine est la victime, une fois de plus. Ce dernier est décidément maltraité dans le pays où il avait décidé d'émigrer et a exécuté l'ensemble de son oeuvre.
Soutine, né en 1893 dans un ghetto près de Minsk, est arrivé en France en 1913. Il a connu la misère à Paris, les journées de peinture à Céret (Pyrénées-Orientales) et à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), l'aisance et la gloire dans l'entre-deux-guerres, la clandestinité durant l'Occupation et une mort misérable en 1943.
Acheté dès les années 1920 par des collectionneurs français - Jacques Doucet, les Castaing - mais aussi américains - en particulier le docteur Barnes -, il ne l'a pas été par les musées français. Tenu pour le "peintre juif" emblématique, il a subi l'antisémitisme, qui sévissait aussi dans la critique d'art parisienne.
N'étant d'aucun groupe, ne se réclamant d'aucune avant-garde, il n'a guère intéressé les historiens. Que sa peinture ait retenu l'attention de Pollock, De Kooning et Bacon n'a pas suffi à lui valoir une place. Aucune rétrospective ne lui a donc été consacrée à Paris depuis 1973, il y a trente-quatre ans, et la seule exception à cette indifférence française est l'exposition qui eut lieu à Céret en 2000, en s'en tenant à son séjour catalan.
UNE INTENSITÉ FÉROCE
Depuis, plus rien - jusqu'à l'initiative de la Pinacothèque de Paris. Le parti pris militant est affiché : rendre justice à l'artiste, en faire enfin un objet d'étude et d'analyse. Cette volonté se lit dans la longue étude de Marc Restellini publiée dans le catalogue. Mais l'exposition réduit à rien cet effort, tant elle est maladroitement montrée. Une centaine de tableaux sont accrochés côte à côte, en ligne, sur des murs aux couleurs trop présentes.
Dans l'espace exigu et essentiellement souterrain de la Pinacothèque, il a fallu multiplier les cimaises pour que puissent tenir ces peintures, en grande majorité issues de collections privées. Il y a là toutes les époques de Soutine et tous les genres qu'il a pratiqués, nature morte, paysage et portrait. Ce souci d'exhaustivité est louable, mais choisir peut valoir mieux qu'accumuler.
La moitié des oeuvres présentées aurait suffi à la démonstration. Au lieu de quoi s'impose la sensation de se trouver dans les réserves d'une salle des ventes, impression accentuée par ces lieux en sous-sol.
A force de violence et de cruauté, quelques oeuvres - les figures humaines surtout - réussissent à s'extraire de la foule, mais seules y parviennent celles qui sont d'une intensité expressive féroce. Or Soutine n'a pas peint uniquement dans le registre du paroxystique à la Van Gogh. Il a aussi, souvent, cherché la délectation des couleurs fauves et, parfois, aspiré à une fluidité proche de celle de Munch. Il a regardé Rembrandt, Chardin et ses contemporains - Matisse, Derain, Modigliani. Une rétrospective convenablement accrochée et qui poserait ces questions serait donc légitime et instructive. Elle reste à faire.
Chaïm Soutine. Pinacothèque de Paris, 28, place de la Madeleine, Paris-8e. Mo Madeleine. Tél. : 01-42-68-02-01. Tous les jours de 10 h 30 à 18 heures. Entrée : 9 €. Jusqu'au 27 janvier 2008.