26 novembre 2007
Quoi faire en attendant la mort ?
Regarder Hana-Bi (1997, T. Kitano).
Cela faisait des lustres que je voulais voir ce film, depuis que Régis Michel, conservateur au Louvre, m'avait dit l'avoir aimé. C'était en 1998, et je n'oublie rien.
L'histoire ? L'inspecteur Nishi est aux côtés de son épouse qui se meurt, d'un mal sans nom. Un de ses hommes se fait abattre, un autre est grièvement blessé et devient paralysé, alors qu'il attendait le retour de l'inspecteur de l'hôpital où il avait été voir sa femme.
Le cadre est posé ; ensuite se déroule un lent cheminement, qui laisse toute sa place à la contemplation : Nishi décide d'emmener son épouse en voyage, un dernier voyage avant sa mort, et pour cela emprunte de l'argent à des yakuzas, qui le traquent.
Au coeur de ce voyage, ce qui m'a frappée est que le film a rassemblé, en quelques séances, tout ce qui fait, du moins à mes yeux, l'âme du Japon. L'alliance paradoxale entre contemplation et violence (lorsque Nishi tue, avec un déferlement de rage) ; l'adoration du Mont Fuji, des cerisiers et de la nature dans son ensemble, ce que traduisent les jardins à la japonaise, qui ratissés ressemblent aux vagues et aux tourbillons de la mer.
Mais il me semblait qu'il y avait quelque chose en plus ; quelque chose que j'ai du mal à définir, mais qui me semble être la marque de la guerre et de la bombe sur le Japon (à ce propos, vous pouvez lire le livre écrit par John Hersey, Hiroshima).
La mort est au coeur du film, à la fois exhibée de telle manière qu'elle en est cocasse (car le rire n'est jamais loin dans le film), et cachée dans toute sa pudeur. Mort de la fille de Nishi et de sa femme ; mort de ces deux derniers, du moins le suppose-t-on en entendant les deux derniers coups de feu.
Mais c'est le choix de la plage où le couple se retrouve qui m'a fait m'interroger. Une plage marquée par la guerre, avec ses blocs de rochers posés là pour stopper les avancées des chars, une plage marquée par la guerre, comme le serait, peut-être, le Japon ?
Car on doit se souvenir que Kitano est justement né de la génération de la guerre, en 1947, et qu'il fallut attendre des années et des années pour que les conséquences de la Bombe soient considérées (je crois qu'elles ne l'ont pas été avant 1955, si je me souviens bien).
Si le poids de la guerre n'est certes pas décrit ou dénoncé avec insistance dans le film, comme dans la culture japonaise dans son ensemble, il me semble toutefois qu'il faille le garder à l'esprit pour comprendre l'étrange alliance de sentiment de mort et d'ironie salvatrice qui fait la caractéristique de nombre d'oeuvres japonaises.