09 décembre 2007
Nos trois mois
"On a au moins trois "mois" différents. Le moi social, celui de ma naissance, de mes milieux éducatifs, professionnels, etc., le moi affectif, celui de notre vie intime, de nos amours, nos joies et nos peines, nos blessures personnelles. Et il faut se construire, à côté, pour comprendre le fonctionnement des sociétés, un moi cognitif, qui opère un décentrement pour parvenir à comprendre les autres tout autant que sa propre place. Ce décentrement, il faut constamment travailler à le maintenir, il faut empêcher qu'il s'annule. Ce qui exige un constant travail d'autocritique. De ce point de vue, la connaissance est une ascèse."
Maurice Godelier, Le Monde, 9 novembre 2007
07 décembre 2007
Lignes
A propos d'Everyday, de Kiriko Nananan.
Je lis peu de mangas, mais celui-là, que j'ai lu à la Bibliothèque Brassens, m'a littéralement aspirée. J'en ai aimé les lignes, claires, nettes, pures ; les dessins épurés jusqu'à l'abstrait, sans fond, sans décor, qui font que tous les plans parfois se chevauchent.
Je trouve que les mangas japonais osent, visuellement, graphiquement, beaucoup plus que nombre de BD françaises. Le placement des textes y est réfléchi, et parfois l'auteur ose des cases vides. Peut-être est-ce justement parce qu'il n'y a qu'un auteur, qui pense en même temps le texte et l'image, et non un dessinateur et un écrivain.
Quant à l'histoire... J'y ai retrouvé tant de ces thèmes nippons, la prostitution pour survivre, dans les bars (mais est-ce vraiment si fréquent ? Ou le thème est-il récurrent dans les arts pour sa charge voyeuriste ?), l'absence des parents, l'attirance homosexuelle, le trouble des désirs... et les pièges du quotidien dans lesquels les couples se perdent.
02 décembre 2007
Bouquet fleuri
Ces derniers temps, j'ai aussi :
- lu Paulina 1880, de Pierre-Jean Jouve. Pierre-Jean Jouve, ça faisait des lustres que je voulais le lire, mais je ne me sentais pas d'attaquer d'emblée sa poésie. Alors c'est Paulina que j'ai abordée. Les premières pages, entamées alors que j'avais une crève de cheval, m'ont transportée, peut-être l'effet de la crève... parce qu'à la fin, Paulina m'ennuyait profondément. Vous me conseilleriez quoi, de Pierre-Jean Jouve, dites ?
- vu Homicide, de David Mamet. Un policier étonnant qui emmène le spectateur sur le questionnement de l'identité, notamment juive mais pas seulement. A noter, une superbe photographie. Bref, un film vraiment pas mal, mais la fin m'a laissée un peu sur... ma fin.
- vu le plus récent Question humaine, de Nicolas Klotz. J'avais longuement hésité à y aller, craignant qu'il ne s'agisse d'un énième film sur la difficile gestion des ressources humaines dans une entreprise. Bon, c'est quand même le cadre de l'histoire, mais le film petit à petit a bifurqué vers la question de la deuxième guerre (fichtre, encore), des blessures du passé qui ne passe pas, tout en finesse, et a posé la question du parallèle entre politique des RH par le nombre et politique d'épuration de la deuxième guerre. Bon, je trouve le parallèle un peu extrême, mais on dira que le film a le mérite de poser la question. Et puis j'adore Mathieu Amalric, et certaines des scènes du film sont envoûtantes, notamment celle de la rave.
- vu Fragile, de Jaume Balaguero, un film de fantôme. J'aime beaucoup les films de fantômes qui font peur, et là, on peut dire que le film fonctionne vraiment très bien. Tiens, d'ailleurs, l'autre jour, je parlais de fantômes avec ma collègue... chinoise, évidemment, parce qu'aller parler de fantôme avec un Français, vous !
- vu Butterfly kiss, de Winterbottom. Une actrice principale époustouflante (Amanda Plumer), une fuite en avant qui ne peut que mal finir, on le sait dès les premières secondes, et un équilibre constant sur le film du mysticisme. Etonnant.
- vu Stefano di Battista en concert. Oui, il m'arrive parfois de ne pas faire plaisir qu'à mes yeux... Eh bien, après une première partie soporifique menée par le Vienna Art Orchestra, Battista, c'était génial. Vive le jazz, vive le jazz, tant qu'il n'est pas intello...
- vu Another Day in Paradise, de Larry Clark. Sans intérêt, sauf que l'histoire de cette rencontre entre deux jeunes adolescents et un couple de truands endurcis m'a fait penser à ma propre rencontre avec SD, lorsque j'y ai cru, si fort, si fort, moi aussi, lorsque moi aussi j'ai cru qu'il changerait ma vie, avant de déchanter.
- vu Respiro, d'Emanuele Crialese. Bizarrement, je n'ai pas grand chose à en dire. Un film sympa, bien fait, qui interroge ce qu'il faut sur l'acceptation de la folie au sein d'une petite communauté, et quelques belles images, mais... mais voilà, c'est comme une photographie d'un moment donné, il manque le souffle, l'histoire, l'avant, l'après...
- vu Désirs humains, de Fritz Lang, adaptation de La Bête humaine. Un bon noir et blanc des années 50, ça fait du bien, et puis l'ambiance des trains, des chefs de gare, tout ça, c'est d'actualité. Et en fait, moi, ça me rassure toujours, les films, les livres sur les plus noirs penchants, c'est comme une sorte d'éducation par le contre-exemple, qui a je trouve infiniment plus de portée que l'éducation par l'exemple, c'est toujours trop dur à suivre, les exemples, et puis c'est tellement ennuyeux, ces histoires où tout se passe bien...
Je dois en oublier, sans doute, mais l'oubli fait partie du travail de mémoire...