13 février 2008
Un Bunker à Nevers
Si toi, humble passant, t'égare un jour à Nevers, n'oublie pas d'aller visiter Sainte-Bernadette.
Non ! Pas la minuscule et touchante poupée de cire, pardon, dépouille de Sainte Bernadette dans sa châsse, mais l'église :
Comment ? Tu as cru qu'il s'agissait d'un bunker au bout d'un "canisite" (le politiquement correct me fait rire) ? Idiot !
Mais je vais taire mes persiflages car en vérité, j'ai aimé, beaucoup aimé Sainte-Bernadette du Banlay. Ses lignes courbes, gracieuses, pleines, sous lesquelles je me suis sentie accueillie. Protégée.
Ses allures de paquebot de béton qui, évidemment, m'évoquaient les années 30, mais c'est tout personnel :
Et soupirer de penser qu'il n'est guère étonnant qu'une église aujourd'hui prenne la forme d'un bunker oublié :
Mais mes photos sont trompeuses : j'ai volontairement caché l'enclavement de l'église, coincée au milieu des HLM. Je ne vous montrerai pas que le béton vieillit mal, que les tags sont mal nettoyés. Peut-être vous en doutez-vous. Je ne vous parlerai pas des ouvertures, qui évoquent celles de Ronchamp. Je ne vous montrerai pas non plus l'intérieur : l'église est fermée, tout le temps sauf aux offices, et à 11h le dimanche, je dors.
Quelques informations, cependant.
L'église, construite en 1966, est l'oeuvre de Claude Parent et Paul Virilio. Claude Parent, lauréat du Grand Prix national d'architecture en 1979, est architecte de l' "oblique". L'oblique : une posture philosophique, pour ainsi dire, incarnée dans cette église (et dans un seul bâtiment civil, aujourd'hui détruit), qui implique une possibilité de créer une continuité entre le sol et l'élévation.
N'ayant pas pu entrer dans l'église, je ne peux guère développer la réflexion autour de l'oblique. Je reprends par contre les mots de Virilio sur le contexte qui a vu émerger Sainte-Bernadette du Banlay, celui des années 1960, marquées par la crise des fusées soviétiques de Cuba (1962) et plus globalement "l'équilibre de la terreur" entre l'Est et l'Ouest :
"En 1866, à son arrivée à Nevers, Bernadette Soubirous déclare : 'Je suis venue ici pour me cacher.' Plus tard, lorsqu'on l'interroge sur Lourdes, elle avoue : 'La grotte, c'était mon ciel sur la terre.' Tout est dit et c'est à partir de ces simples mots que la conception du Centre paroissial du Banlay pourra débuter. Le thème du sanctuaire de Nevers, c'est à la fois la grotte de la révélation mariale et l'abri pour se cacher. Mais, au cours des années 1960, l'abri c'est surtout l'abri atomique dont certaines cpitales entreprennent la construction pour sauver leurs populations menacées par la 'stratégie anti-cités'."
Sainte-Bernadette du Banlay symbolise ainsi "dans sa simplicité la protection de la vie." (source : Eglise Saint-Bernadette à Nevers, coll. Jean-Michel Place, 2004)
Saint-Bernadette du Banlay est classée au titre des Monuments Historiques depuis mai 2000.




