20 février 2008
Les films français et le sordide
Vous le savez déjà : je ne lis la presse qu'avec retard. Un mois, en moyenne. A l'origine, c'était par manque de temps. Maintenant, c'est par principe : ça me permet de ne pas relire les mêmes articles que recopient les journalistes sur plusieurs jours, et de ne pas me sentir obligée de lire les compte-rendus d'épiphénomènes qui ne m'intéressent pas. En somme, je laisse le temps faire son oeuvre.
Vous ne serez donc pas surpris que je vous recopie des extraits d'un article d'un Manière de voir datant de 2001, je crois. (J'ai arraché les feuilles dont je voulais vous parler et jeté la revue, et avec elle sa date de publication. C'est ma névrose du moment : je veux me débarasser. Je jette mes vieux papiers, revends mes livres, fais le tri dans tout ce qui tombe sous ma main. Mon idéal est de n'avoir plus qu'une énorme valise -- et beaucoup de mémoire -- pour pouvoir déménager au pied levé.)
Article écrit par Carlos Pardo (journaliste et cinéaste) et intitulé : "Des films français fascinés par le sordide".
"Noé, Grandrieux, Kassovitz, Dumont, Zonca, Ozon, Breillat... Sous des apparences libertines de modernité et de rejet de la prise de position politique, la fascination de leur films pour l'abject et le sordide révèle une indéniable haine du peuple."
Pardo dénonce en effet un "discours socialement et politiquement ambigu". Premier exemple : Seul contre tous, de Gaspar Noé (1998). "Petit provocateur influencé par les cinémas gore et pornographique, Gaspar Noé éprouve une complaisance 'fascistoïde' pour le sordide et l'abject." Autres exemples : Sombre, de Patrick Grandrieux (1998), Assassins, de Mathieu Kassovitz (1997), La Vie rêvée des anges (1998) d'Erick Zonca, Les Amants criminels (1999) de François Ozon. Je n'ai vu aucun de ces films sauf le Zonca, mais d'un oeil distrait, et ne me permettrais donc pas de me positionner par rapport au jugement de Pardo. Restent deux films que j'ai vus.
"Désespoir, décadence, impasse, impuissance et meurtre : on retrouve ces mêmes ingrédients dans La Vie de Jésus (1997), premier long métrage de Bruno Dumont. Cet ancien professeur de philosophie s'exprime comme un marxiste, en termes de classes sociales, et affirme ne pas désirer filmer son univers d'origine -- la bourgeoisie catholique -- de peur de s'ennuyer. Du haut de son statut de metteur en scène, il préfère fournir aux bourgeois, spéctateurs potentiels de son film austère, l'image-cliché qu'ils attendent du prolétariat et des pauvres, quitte à se rapprocher de la caricature douteuse des Deschiens. [...] Bruno Dumont semble alors se défouler, réaliser ses fantasmes, et propose quelques plans véritablement pronographiques, cédant ainsi à la mode qui dans les milieurs branchés, depuis le succès de Canal Plus et de ses films pronographiques, encense ce genre en France."
Mouais. Je me souviens avoir beaucoup aimé La Vie de Jésus, pourtant. Moi, comme "image-cliché", ça m'avait semblé assez juste. Et les prolétaires et les pauvres, je vois à peu près ce que c'est -- en tout cas, bien plus que la bourgeoisie catholique. Faudrait que je le revois, ce film, d'autant que L'Humanité m'a semblé tellement insupportable que je l'ai arrêté. Pardo aurait-il raison ?
Autre exemple : Romance, de Catherine Breillat (1999). "Avec l'alibi de femme-cinéaste, Catherine Breillat s'est attribué la légitimité de remettre les pendules à l'heure en matière de représentation du désir féminin. Le résultat ne manque pas de laisser sceptique : rarement la misogynie fut si violente."
J'ai détesté ce film, mais pas pour la misogynie que Pardo lui attribue et qu'à vrai dire je n'ai pas franchement perçu -- je me demande s'il ne confond pas fantasmes et misogynie. Romance m'a simplement paru creux et prétentieux, notamment du fait du clin d'oeil au Belle de jour de Bunuel, si je me souviens bien.
Bref, vous en pensez quoi, vous ?