29 juin 2008
Souvenir des années 30
Il y a déjà pas mal de temps s'est tenue au Musée de Sèvres une exposition sur les années 30 :

J'en ai beaucoup apprécié la scénographie, très travaillée, mettant parfaitement en valeur les matières, les jeux de transparence, les couleurs, les motifs, comme ici un papier-peint Ruhlmann :

Les années 30 ont eu ceci d'important qu'elles ont vu apparaître les ensembliers, membres d'une nouvelle profession de créateurs, d'artistes et d'artisans. Ces ensembliers étaient ainsi rassemblés au sein d'ateliers, comme l'atelier Martine, dirigé par Paul Poiret, ou bien étaient rattachés à de grands magasins, comme la Maîtrise des Galeries Lafayette.
L'exposition m'a permis de revoir les créations des frères Martel (qu'on peut aussi voir au Musée des Années 30 de Boulogne). Elle a aussi bien permis de distinguer les créateurs de forme (Rapin, Aubert, Prou,...) des créateurs de motifs, ou de dessins (Blaumont, Méheut,...).
Des recherches poussées étaient faites à l'époque pour retrouver le bleu persan et le rouge corail, comme cela se voit sur le vase ci-dessus.
Enfin, l'exposition a été l'occasion de se souvenir que l'intérêt pour l'exotisme battait son plein, sans complexe :

... ou pour l'orientalisme :

26 juin 2008
Questions (vrac)
J'aime Mondrian. J'aime ces premiers arbres, qu'on parvient encore à reconnaître dans ces grilles modernistes ultérieures. Pourtant des arbres aux grilles, des couleurs à la Puvis de Chavannes aux jets purs et stridents, tout un cheminement... qui vient contredire ce que je disais sur la constance de l'artiste, plus bas.
Le Louvre à Lens et à Abu Dabi, c'est bien, pas bien ? Je ne sais pas. Je m'interroge (une note à ce propos, plus tard).
Le concours de conservateur du patrimoine option XXè siècle demande d'aborder tous les champs de la création ; et pourtant, jamais on ne parle de cinéma.
Meurtre d'un bookmaker chinois : parfaite utilisation du son. Souvent absent, justement : il me semble qu'on perd l'habitude de ne pas entendre de musique d'ambiance qui vienne toujours nous entourer de ses notes molles et réconfortantes. C'est le silence qui m'a surtout frappée dans ce film.
Mais je repense souvent à Une femme sous influence : elle m'effraie en ce qu'elle me touche.
17 juin 2008
L'intervieweur, Alain Veinstein
J'ai pas été emballée plus que ça par l'ouvrage ; si j'avais l'habitude d'écouter le monsieur sur France Cul, peut-être aurais-je prêté plus d'intérêt à ses suites de minuscules chroniques.
Mais j'en ai relevé deux phrases.
L'important, c'est de mettre un mot devant l'autre, même si, au bout du compte, peu de choses se disent.
Et puis :
Et il m'a longuement parlé de ces mois d'écriture pendant lesquels on se prend pour le centre du monde. Le livre paraît enfin et, malheureusement, dans trop de cas, il se heurte à une totale indifférence. Vous guettez un signe, un écho quelconque, mais c'est en pure perte, car rien ne vient. Même vos proches font preuve d'un détachement anglais...
que je dédicace à tous ceux qui tiennent un stylo et qui tentent d'en faire accoucher quelque chose. Pourquoi écrit-on, d'ailleurs ?
05 juin 2008
Sans l'orang-outan
Extraits de Sans l'orang-outan, d'Eric Chevillard (en lien, d'ailleurs, à droite) :
"A croire que l'orang-outan - je pleure en prononçant son nom - nous maintenait debout par les cheveux depuis sa branche. Il nous tirait vers le haut. Il nous ouvrait le ciel, écartait les nues, rapprochait la lune. L'orang-outan nous frayait un chemin entre les astres. Champ libre pour nos fusées, pour nos prières. La trappe s'est refermée. Le plafond s'écroule.
Nous gémissons sous les décombres. Nous comptons nos mains sur nos doigts. Elles étaient plus nombreuses avant. Et notre tête a roulé entre nos pieds, lesquels, chance dans notre malheur, n'ont plus du tout envie de jouer. Notre corps expérimente toutes les façons d'être infirme, il y en a, il est doué. Il sait n'être qu'un tronc et de ce tronc une bûche, ou la souche pourrissante."
"Nous n'entendrons plus que des paroles d'hommes, l'éternel débat, le petit dialogue amoureux si niais que les bouches bientôt se tordent de dégoût, la leçon interminable du professeur, les conseils de l'ami réjoui par nos mésaventures, et encore : l'ennui de notre littérature qui parle avec les lèvres de la plaie et ne sait dire que aïe et ouille, et encore : relations de rêves, de souvenirs, disputes, supplications, blagues, réprimandes, sans trêve ni repos, ce bavardage, ces considérations, ces mots crachés comme s'il n'en restait plus que le noyau sec et mort."
"Mes parents se sont reproduits, à mon tour, je les reproduis. Nous nous donnons le jour inexorablement.
A chaque instant je nais de leur accouplement et en même temps j'étouffe entre leurs deux corps embrassés, je meurs, dans cet étau je perds le souffle. Papa coincé dans maman, ce serait moi ? Vite, un seau d'eau froide ! Vais-je passer ma vie dans leur lit, dans leur sueur ? Quand l'orang-outant vivait encore, il me restait au moins cette échappée, ce refuge hors de la prison cellulaire. Je pouvais sortir de mon corps. J'étais à l'aube de toutes les histoires."
J'aurais pu recopier l'intégralité, tant m'ont plu la langue (fluide) et la narration. La mort des deux derniers orangs-outan, et le monde tombe dans le médiocre ; il n'a plus rien pour s'élever et bientôt la ville prend des airs de Rivage des Syrtes, engloutie par le sable, la poussière. Tout se meurt.
Le livre n'a duré que deux trajets de train ; avalé. Mais depuis je me sens comme soulagée, de tant de résonances. Je me sens accompagnée.
04 juin 2008
Soulages
"Sorte de Rembrandt abstrait dont on ne connaîtrait que la part d'ombre. Pompidou, qui avait des idées noires, trouvait ça très décoratif."
(Citation tiré du Dictionnaire incorrect de Kahn ; je n'en partage pas toutes les idées, ni tous les traits d'esprit, mais il a parfois des fulgurances qui me ravissent.)
