29 juillet 2008
Moore au Musée Bourdelle
Certes, certes, l'exposition s'y est tenue en décembre dernier ; mais fichtre, qu'elle était belle !
Les sculptures de Moore et celles de Bourdelle résonnaient bien, les unes face aux autres ; jouait aussi sans doute la sérénité du lieu, sur lequel veille le maintenant célèbre gros chat (qui était la guest star de l'exposition Séchas)...
Les sculptures de Moore sont, à mes yeux du moins, des invitations au toucher, pour en sentir les rugosités ou au contraire le velouté ; elles me donnent envie d'aller m'y mettre à l'abri, dans leurs concavités ; elles dégagent une intense sensualité, toute de douceur et d'enveloppement ; et d'elles, et de lui, j'aime aussi ce goût pour la matière, pour les matières, souvent organiques, du bois de grève à l'orme, toutes différentes.
26 juillet 2008
Préhistoire
Encore des citations. Encore Chevillard. Un bouquin plus ancien, 1994, Préhistoire. Et dès les premières phrases, je suis à nouveau frappée par sa capacité à créer un univers, aux frontières de l'absurde, ou du réel ; un univers tellement réel qu'il est absurde, ou inversement. Ce coup-ci, ce n'est pas dans un zoo que l'action, qui n'en est pas une, comme plus tard ans Sans l'orang-outan, disons donc plutôt la narration, ce n'est donc pas dans un zoo que la narration se passe ; mais dans la tête d'un archéologue, ou dans la grotte où il travaille, ou dans la maison où il s'enferme. Et à nouveau, comme plus tard dans Sans l'orang-outan, la narration se déroule hors du temps ; peut-être avant notre époque, peut-être pendant, peut-être après, difficile de le savoir, et au fil du livre il apparaît que cela, en fait, n'importe pas.
Et à nouveau frappée par la beauté de ses phrases ; le rythme, chantant, glissant, évident, j'aime le rythme de son écriture, et la valeur, comme d'une couleur, qui s'en dégage, teintée d'ironie* :
"... croyez-moi ou non, je n'exagère rien, je romance, il paraît que c'est un métier, je m'y verrais bien, ça a l'air facile, d'ailleurs toutes les places sont prises, décidément, dois-je aussi tailler là-dedans, j'hésite un peu, c'est que je n'ai pas l'habitude, je manque d'expérience. En vérité, notre enfance ne fut guère aventureuse. On nous apprit péniblement à parler, péniblement à marcher, puis, cela acquis, nous reçûmes l'ordre de nous taire et de rester assis là sans bouger."
"On me paye pour ça, paraît-il, alors que mon traitement ridicule suffirait tout juste à accréditer l'idée que je suis effectivement payé à ne rien faire. Ce qui justifierait d'ailleurs mes manières désinvoltes et relâchées - c'est une lecture possible. Car si je suis payé pour ne rien faire, comme tout porte à la croire, en particulier ce salaire de misère dont j'attends toujours de recevoir le premier sou, il serait pour le moins indélicat de ma part, et malhonnête, de déployer un zèle contraire aux objectifs de mes employeurs, trahissant ainsi la confiance et les espoirs qu'ils plaçaient en moi, ruinant du même coup leurs projets."
J'ai cependant été moins charmée (envoutée) par ce livre que par Sans l'orang-outan ; la présence du narrateur, le parti-pris d'un récit qui s'affiche en train de s'écrire sous nos yeux, je l'ai déjà dit à propos de Nancy Huston, cela m'agace, même si dans le cas du livre de Chevillard, l'écriture en train de se faire est bien mieux intégrée que chez Nancy Huston : il s'agit, cela apparaît au fil des pages, de la trame même de l'ouvrage, et si au début je fus gênée par l'introduction de cette parole de l'écrivain, elle s'est peu à peu muée en parole du narrateur en train d'écrire ou de mener une visite de la grotte :
"Je suis quelqu'un que l'on a parfois un peu de mal à suivre - mais les prétendus meneurs d'hommes sont surtout pris en filature par des jaloux armés de couteaux qui attendent une bonne occasion-, et c'est justement parce que ma claudication dévie toutes mes trajectoires..."
L'écrivain au début de la phrase, hop, d'un tour de passe-passe, remet le masque du personnage.
Tiens, je recopie aussi cet extrait, qui livre quelques clés sur l'importance de l'imaginaire dans le processus créatif :
"Reproduire, c'est admettre, c'est donc se soumettre, c'est accepter de suivre avec les mouches coprophages les troupeaux de rennes dans toutes leurs migrations. Mais le rapport de l'homme au monde change dès que son imagination intervient, change même du tout au tout, n'est plus un rapport d'humiliation constante et de sujétion, au contraire, s'inverse complètement, tourne à son avantage - dorénavant, les quadrupèdes auront quatre pattes gauches équidistantes : n'iront pas loin."
Un autre extrait, je ne m'en lasse pas :
"Mais nous sommes irrémédiablement des créatures de la surface, pour ne pas dre très superficielles, et il nous sera toujours difficile d'admettre que l'histoire se joue en réalité sous nos pieds, puisque le passé (ce qui se putréfie et ce qui se pétrifie) et l'avenir (ce qui germe et ce qui dure) sont effectivement enfouis : le temps qui passe est souterrain. Nos sens ne le perçoivent pas. Nos esprits ne le conçoivent pas. Toutes ces antennes ne nous renseignent que sur l'espace, ou l'époque, c'est-à-dire sur le temps qu'il fait."
* Ironie qui est au coeur même de son écriture, qui lui est nécessaire pour se construire. Pour appuyer cette affirmation, une dernière : "l'homme, doué de la double faculté de raisonner et de rire, la seconde pour contrer la première".
24 juillet 2008
Le temps
"Ici on a tellement le temps de lire qu'on finit par plus lire du tout."
Noiret, dans Coup de torchon, de Tavernier, qui m'a d'ailleurs ennuyée ; et agacée de voir qu'il y a 20 ans déjà Huppert faisait les mêmes mimiques.
21 juillet 2008
10 jours
10 jours pour aller voir les photos de Chloé Devis, à la Galerie Autres Regards, rue Montcalm dans le 18è :
19 juillet 2008
Et Rancillac
Et je retrouve récopiée sur mon calepin cette citation de Rancillac, qui fait étonnamment écho à la citation du livre de Siri Hustvedt :
"La guerre d'Algérie, on n'a pas pu la traiter : il n'y avait pas d'images."
17 juillet 2008
Lily Dahl
"Lily savait ce qu’elle avait vu. Elle savait que Martin Petersen s’était tiré une balle dans la tête pendant qu’elle le regardait. C’était un fait. Elle se souvenait de la serviette rose, de l’arme pointée sur elle et puis sur lui. Elle se souvenait de ses lèvres autour du canon mais, une fois le coup parti, elle ne retrouvait plus d’image de lui dans sa mémoire. Elle ne revoyait pas Martin mort. Elle savait qu’il y avait eu beaucoup de sang, parce qu’elle se rappelait s’être parlé à elle-même de ce sang, et parce qu’elle l’avait vu sur ses vêtements. A présent qu’elle s’était débarrassée des vêtements, il ne restait que les mots. L’image avait disparu. A part cela, il n’y avait rien en elle. Elle n’éprouvait ni regrets ni tristesse, pas même une sensation de choc."
"Ni la théâtralisation de Boomer, ni le récit raccourci ne trahissaient la réalité, et pourtant quand Lily regardait Boomer tournoyer sur lui-même dans le box, ou qu’elle écoutait quelqu’un raconter le suicide, elle ressentait les gestes et les mots comme des évasions. Elle avait oublié le cadavre de Martin mais, d’une certaine façon, le vide dans son cerveau à l’endroit où aurait dû se trouver son corps était plus proche de la vérité que tout ce que quiconque aurait pu dire ou faire."
L'envoûtement de Lily Dahl, de Siri Husvedt (la femme de Paul Auster, dont j'ai déjà parlé, et dont j'apprécie la capacité à créer des ambiances, planter un décor : raconter une histoire.)
04 juillet 2008
Ubu roi
Lu dans Le Monde du 20 octobre 2007 :
"Notre existence n'est pas menacée si nous n'avons aucun visiteur." (Paula Aisemberg, Directrice de La Maison rouge)


