24 août 2008
L'épinard et le haricot
Sur le banc de la Grand' Place au soleil j'ai lu L'épinard de Yukiko, de Frédéric Boilet, qui vit au Japon. L'histoire, originellement publiée dans un mensuel sur plusieurs mois, est celle de l'amour furtif entre l'auteur et Yukiko. J'ai aimé le dessin, le jeu sur le net et le bougé, à la manière photographique ; j'ai aimé l'ambiance, bien japonaise -- de ce que je retiens du Japon -- faite de poésie en suspens. Par contre le lettrage, du Times bien centré et bien rigide, casse un peu l'ensemble.
L'épinard, c'est l'erreur de prononciation de l'auteur, qui voulait dire nombril ; mais si le nombril ressemblerait plutôt à un haricot, comment ne pas voir que l'épinard est là, un peu plus bas...
22 août 2008
De la censure
Emmanuel Pierrat (célèbre et excellent avocat, spécialiste notamment des questions de droit d'auteur), écrit dans son Livre noir de la censure, mai 2008 :
"Il y a 450 textes [de loi] environ, dispersés, traitant de la diffamation, de l'injure, de l'offense au chef de l'Etat, du respect de la vie privée, de la présomption d'innocence... Au-delà du principe, l'exception est devenue la règle. On n'ose même plus plaider la liberté d'expression : tout ce qui intéresse un juge, c'est savoir s'il y a une diffamation ou une incitation à la haine raciale, etc. On est donc véritablement dans le régime d'une censure. Mais à telle enseigne que l'autocensure est partout : elle imprègne tous les médias et tout la culture. J'ai un petit orgueil national qui me fait penser que mon pays a quelques principes : une tradition dans les arts et lettres, de pluralisme dans la presse et de liberté d'expression qui est inscrite dans notre Constitution. Je ne supporte plus qu'un conservateur de musée m'appelle pour savoir s'il a le droit ou non de faire une exposition d'art contemporain."
20 août 2008
Et celui que...
(Vous aurez compris que l'été, c'est BD. Mais ne vous inquiétez pas, bientôt les premiers frimas, l'envie de se recroqueviller sous la couette devant un DVD...)
Je ne pouvais pas passer l'été sans "celui que" : celui que j'ai tellement aimé lire que je n'ai pas voulu terminer la toute première BD que j'ai lue de lui (Approximativement). Je ne voulais pas qu'il y ait un point final, je voulais que les personnages continuent de vivre, que l'histoire prenne racine en moi.
Heureusement, il est prolifique ; parfois, j'ai pu être déçue, c'est-à-dire moins emballée, par d'autres de ses opus, mais je me retrouve si souvent dans la narration de ses petites névroses ordinaires qu'il me touche presque à chaque fois. J'aime aussi me dire que je me retrouve dans son dessin (le mythe veut qu'il n'ait pas su dessiner, au début), ses personnages à têtes d'animaux, ses corps schématiques.
(Par contre, quelle déception que son physique, son physique à lui ! Il ressemble à... à Dagen ! Tout comme Dagen ressemble à n'importe quel homme qui a réussi.)
Voilà une planche tirée du Syndrome du prisonnier (et je recommande l'ouvrage ne serait-ce que pour la mise en couleurs, faite avec de l'encre, de la vraie encre) :
18 août 2008
Clin d'oeil
(Je plaisante, je plaisante, c'est super, le Perche...)
16 août 2008
Le combat ordinaire (4)
Et puis dans le quatrième et dernier tome du Combat ordinaire, je suis tombée sur ces pages, qui ont fait parfaitement fait écho à Davodeau... et à ce que je pense du militantisme :
Et surtout :
13 août 2008
Les mauvaises gens
Sous-titrée "Une histoire de militants", cette BD d'Etienne Davodeau m'a d'abord intéressée, puis barbée. (J'aime bien l'anachonisme de certains mots : "ça m'a barbée", c'est bien ce que disaient mes grands-parents, et autant que l'anachronisme j'aime la consonance et les images qui s'y rattachent, et mes souvenirs -- non, je ne suis jamais allée chez le barbier, mais j'y ai accompagné quelqu'un, j'y ai regardé un homme se faire tailler la barbe, la lame sur la peau, et son air qui était exactement à l'opposé de celui que prend l'ennui.)
Intéressée au début : parce que l'histoire se passe dans l'Ouest de la France (entre Angers et Cholet), et que c'est bien une région que j'aime, l'Ouest, et dont je connais le poids catholique.
Intéressée aussi par l'histoire qui se tissait, celle d'un homme, celle d'une femme, presque de l'âge de ma propre grand-mère.
Mais voilà : moi les histoires de militantisme ça me barbe. Sans doute parce que les militants en petite province, j'en ai autour de moi et ils me barbent déjà assez pour que je n'ai pas envie de retrouver la même atmosphère dans mon lit. C'est trop linéaire, trop droit, trop donné, trop évident, le militantisme...
11 août 2008
Pessin
Pessin est de loin mon... mon quoi, préféré ? Ni caricaturiste, ni auteur de BD, ni auteur tout court, ni dessinateur tout court. Dessinateur intelligent ? Dessinateur d'actualités ? Oui, voilà, mon dessinateur d'actualités préféré. Exemple, tiré du Monde du 4-5 mai 2008 :
08 août 2008
Le combat ordinaire (3)
Troisième tome. Deux extraits :
Et :
06 août 2008
BD : L'argent roi
Encore de la BD cet été : L'argent roi, volume publié chez Autrement (1994), avec une intéressante préface de Thierry Groensteen :
"Dans la bande dessinée, les héros sont traditionnellement dépourvus de tout besoin matériel. Leurs métiers officiels ne sont souvent que d'improbables alibis. Tintin n'écrit pas de reportage, Corto Maltese ne navigue pas. Il ne s'agit pas pour eux de gagner leur vie, mais au contraire de la dépenser sans retenue, en une débauche d'aventures, de voyages, d'affrontements et de rencontres.
Et c'est sous le crayon de Winsor McCay qu'on trouve dès 1910 la satire la plus virulente du capitalisme, dans telles pages où Little Nemo découvre que les habitants de la planète Mars sont taxés pour l'air qu'ils respirent et les mots qu'ils prononcent. Dans la bande dessinée classique, l'argent n'apparaît qu'à l'état superlatif, sous l'espèce de richesses fabuleuses. Trésors de l'Inca et de Rackham le Rouge, fortunes inépuisables de M. Pump, de la famille Illico ou de l'oncle Picsou. Il est plus souvent un don du ciel que le produit d'un travail."
Malheureusement les quatres histoires rassemblées dans le volume ne m'ont pas emballée -- sauf une. La première, d'Edmond Baudoin, n'a guère retenu mon attention ; si les inventions graphiques de Fédérico Del Barrio m'ont intéressée, je ne suis toutefois même pas allée au bout de son récit ; quant à F'Murr, qui avait certes des accents de Tardi, j'ai encore moins accroché. Reste Thomas Ott, le plus jeune des quatre, et son histoire sans parole, très cinématographique, et non dénuée d'humour, Les millionnaires :
03 août 2008
Le combat ordinaire (2)
Le deuxième volume m'a davantage plu que le premier (le dessin m'a parfois vraiment évoqué Sfar ; mais les blagues potaches ne me font guère sourire, c'est ce que je reprochais déjà au premier volume). Intéressante réflexion sur la photographie. L'horreur du Rwanda, l' "ordinaire" d'un chantier naval : les deux sujets peuvent-ils toucher, parler autant, dans la société actuelle qui demande du spectaculaire ? Quel est le rôle du photographe : répondre à cette demande, ou montrer l'ordinaire à côté de nous et que l'on ignore ?
Et une case qui m'a beaucoup fait rire, pour des raisons très personnelles :
















