Le fil du regard

Aide-mémoire (tout personnel)

08 décembre 2008

Masques, à Orsay

Sur les masques, il y a tant à dire : masques de fête, masques mortuaires, le masque comme double réaliste, le masque comme dédoublement (antiréaliste)...

Il y a tant à dire que l'exposition d'Orsay peut sembler un peu engoncée dans 4/5 petites salles, et ne fait qu'effleurer les sujets. Le cheminement souffre pour sa part d'un manque de lisibilité ; mais je suppose deux raisons à cet écueil : d'une part, le travail critique entrepris par l'équipe les a sans doute menés à privilégier une approche parfois hermétique, et d'autre part leur choix de présentation a pu être rendu nécessaire par la surreprésentation des masques réalistes. Je regrette en effet que les masques grotesques et fantastiques aient été si peu présents ; au contraire, la galerie de portraits réalistes m'a semblé bien longue. Ainsi, les masques japonais, qui ont inondé l'Europe après l'ouverture du Japon (ère Meiji) étaient bien rares, et la différence aurait pu être faite entre les masques No et les masques Kabuki. De même, la partie sur le renouveau des masques au 20è siècle du fait de l'influence de la statuaire africaine est elle aussi bien maigrelette (on pourra certes me rétorquer que j'étais à Orsay et pas à Beaubourg) ; il y a toutefois un très beau masque de Gonzalez, et un tableau d'Ensor, dont les couleurs ne cesseront de me surprendre (comment diantre fait-il de l'huile aussi transparente ?). D'autres oeuvres sont présentes que j'avais déjà vues ; je pense à la série sur Hanako, par Rodin, que le musée Rodin avait présentées il n'y a pas si longtemps (cf. exposition Rodin, le rêve japonais). De plus, la surreprésentation de certains thèmes, comme la Gorgone (très beau thème, et de belles pièces, comme le bouclier de Böcklin) aurait mérité d'être justifiée.

J'ai par contre été très intéressée par la multiplicité des matériaux employés, et notamment la pâte de verre (employée principalement par Henry Cros) dont le rendu est proche de celui de la cire et confère aux visages à la fois une impression de présence (par la proximité avec l'aspect de la chair) et d'absence (la cire comme celle des masques mortuaires). D'autres belles oeuvres sont exposées qui à elles seules valent le déplacement : ainsi, l'étonnante Allégorie de la simulation, de Lorenzo Lippi. L'exposition offre aussi l'occasion de voir plusieurs grès émaillés de Carriès. Surtout, l'exposition est intéressante en ce qu'elle permet de réfléchir à la définition du masque : le masque n'est plus seulement ce qui se porte sur le visage, il peut être sculpture à part entière, notamment décorative (cf. les mascarons). De plus, il est précisé qu'au "XIXe siècle, le mot "masque" désigne également le visage d'un individu ou même le visage d'une statue." Voilà qui amène à penser la définition du masque de manière très large.

lippi
Allégorie de la simulation, Lippi

J'invite à lire une autre critique (pleinement élogieuse) de l'exposition ici.

Posté par jeanne à 10:26 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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