Le fil du regard

Aide-mémoire (tout personnel)

12 décembre 2008

Sarah Moon

Sarah Moon, d'abord mannequin, ensuite photographe de mode (notamment pour Cacharel), compagne de l'éditeur Robert Delpire, est en ce moment exposée à la galerie Camera Obscura.

Son travail tourne autour de l'imaginaire, de la poésie ; elle photographie l'univers de la mode, mais aussi celui du conte, du cirque. Elle joue avec l'illusion : ainsi, pour Circuss, pour donner l'impression de la neige, elle filme des grains de sel qui tombent. De même, dans nombre de ses photos elle prend garde à montrer le bord baveux caractéristiques de ces polaroïds (je me demande d'ailleurs comment elle va faire maintenant que ne sont plus fabriquées les pellicules) : en aucun cas elle ne recherche l'illusion du doublage de la réalité : elle fait des photographies et les présente comme telles, de la même manière que Rouault peignait les cadres autour de ses portraits.

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Son univers m'évoque un peu celui de Greenaway (Z.O.O.) :

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Je me demande surtout jusqu'à quel point elle retravaille ses clichés, quelle est la part d'accident involontaire (rayures, griffures,...). J'apprends qu'elle retravaille les retirages de ses négatifs ; en effet, sur certaines photos, les effets de solarisation sont particulièrement nets. Elle ne s'en remet pas uniquement au hasard, pas plus qu'elle ne s'appuie sur un même protocole (comme le fait, par exemple, Patrick Tourneboeuf). En ce sens, ses photographies sont une réminiscence de sa formation première en peinture, où l'apport de l'artiste est primordial pour faire de l'image une oeuvre singulière.

L'image qu'elle donne de la nature est particulièrement intéressant : il s'agit, dans ses photographies, d'une nature d'un autre temps, presque mythique. Une nature où l'on voit pyramides, girafes, rhinocéros, autant d'éléments exotiques qui évoquent les colonies. Où les éléments sont souvent flous, jamais noirs et blancs mais toujours dans des teintes de gris : on est dans le domaine du passé, dans celui de la mémoire, factice ou non. En effet, ses photographies sont comme les souvenirs, on ne sait plus s'ils sont vrais ou reconstruits, s'ils sont ceux d'un voyage effectivement vécus ou ceux d'une visite au Museum d'histoire naturelle.

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Ses photographies mettent aussi volontiers en scène une violence sourde : elle photographie des poupées, une petite fille masquée, particulièrement dérangeante (mais je me suis étonnée de n'avoir pas vu davantage de photographies avec des masques), ou des corps dont les prises de vue n'en montrent plus que des tronçons, presque déréalisés. Entre le souvenir d'un temps nostalgique et le cauchemar enfantin.

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08 décembre 2008

Masques, à Orsay

Sur les masques, il y a tant à dire : masques de fête, masques mortuaires, le masque comme double réaliste, le masque comme dédoublement (antiréaliste)...

Il y a tant à dire que l'exposition d'Orsay peut sembler un peu engoncée dans 4/5 petites salles, et ne fait qu'effleurer les sujets. Le cheminement souffre pour sa part d'un manque de lisibilité ; mais je suppose deux raisons à cet écueil : d'une part, le travail critique entrepris par l'équipe les a sans doute menés à privilégier une approche parfois hermétique, et d'autre part leur choix de présentation a pu être rendu nécessaire par la surreprésentation des masques réalistes. Je regrette en effet que les masques grotesques et fantastiques aient été si peu présents ; au contraire, la galerie de portraits réalistes m'a semblé bien longue. Ainsi, les masques japonais, qui ont inondé l'Europe après l'ouverture du Japon (ère Meiji) étaient bien rares, et la différence aurait pu être faite entre les masques No et les masques Kabuki. De même, la partie sur le renouveau des masques au 20è siècle du fait de l'influence de la statuaire africaine est elle aussi bien maigrelette (on pourra certes me rétorquer que j'étais à Orsay et pas à Beaubourg) ; il y a toutefois un très beau masque de Gonzalez, et un tableau d'Ensor, dont les couleurs ne cesseront de me surprendre (comment diantre fait-il de l'huile aussi transparente ?). D'autres oeuvres sont présentes que j'avais déjà vues ; je pense à la série sur Hanako, par Rodin, que le musée Rodin avait présentées il n'y a pas si longtemps (cf. exposition Rodin, le rêve japonais). De plus, la surreprésentation de certains thèmes, comme la Gorgone (très beau thème, et de belles pièces, comme le bouclier de Böcklin) aurait mérité d'être justifiée.

J'ai par contre été très intéressée par la multiplicité des matériaux employés, et notamment la pâte de verre (employée principalement par Henry Cros) dont le rendu est proche de celui de la cire et confère aux visages à la fois une impression de présence (par la proximité avec l'aspect de la chair) et d'absence (la cire comme celle des masques mortuaires). D'autres belles oeuvres sont exposées qui à elles seules valent le déplacement : ainsi, l'étonnante Allégorie de la simulation, de Lorenzo Lippi. L'exposition offre aussi l'occasion de voir plusieurs grès émaillés de Carriès. Surtout, l'exposition est intéressante en ce qu'elle permet de réfléchir à la définition du masque : le masque n'est plus seulement ce qui se porte sur le visage, il peut être sculpture à part entière, notamment décorative (cf. les mascarons). De plus, il est précisé qu'au "XIXe siècle, le mot "masque" désigne également le visage d'un individu ou même le visage d'une statue." Voilà qui amène à penser la définition du masque de manière très large.

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Allégorie de la simulation, Lippi

J'invite à lire une autre critique (pleinement élogieuse) de l'exposition ici.

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01 décembre 2008

Les démons caca

Le livre était épuisé ; il a été réédité spécialement pour le Salon de Montreuil. Je l'ai acheté, en dépit d'une réserve à l'égard de l'appellation des démons (mais bon, c'est un livre pour les enfants...). Et je l'adore. Le dessin, le thème. Quelques photos, n'ayant pas de scan sous la main...

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Les démons caca, de Fabienne Loodts, chez Esperluète

Posté par jeanne à 12:41 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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